Faire écrire l'IA dans ton style : la méthode complète
« Écris comme moi » ne marche pas. Comment construire une fiche de style à partir de tes textes, et chasser les tics qui trahissent un texte généré.
« Écris sur un ton naturel, comme moi. » La phrase ne donne à peu près rien, et le modèle répond avec son style par défaut : des phrases équilibrées, un peu d'enthousiasme, une conclusion bien propre. Lu seul, le texte passe. Envoyé à des clients qui te connaissent depuis dix ans, il sonne faux dès la deuxième ligne.
Ton style tient à des choses que tu ne remarques pas toi-même : la longueur de tes phrases, ta façon d'entrer dans le sujet, ce que tu n'écris jamais. Il faut donc le faire observer, puis le mettre par écrit, et enfin le corriger à la main.
Choisir les bons textes de référence
La qualité de la suite dépend de cette étape. Prends trois à six textes que tu as réellement écrits, sans aide d'IA, et du même genre que ce que tu veux produire. Tes e-mails à des clients ne sont pas tes publications LinkedIn : on n'écrit pas pareil, et mélanger les deux donne une moyenne qui ne ressemble à rien.
Évite les textes très relus par quelqu'un d'autre et les textes écrits à contrecœur, comme une lettre de résiliation. Choisis ceux dont tu te dis « oui, ça, c'est moi ». Retire les noms et les informations confidentielles avant de les coller.
Si tu tiens une newsletter pour ta boutique de vélos, par exemple, prends quatre éditions que tes lecteurs ont aimées, et non celle écrite en vitesse un dimanche soir.
Faire extraire une fiche de style
Une demande directe du type « imite ce texte » fonctionne un peu, mais elle s'use vite, et l'IA recopie les sujets et les expressions plutôt que la manière. Il vaut mieux lui faire d'abord décrire ce qu'elle voit, sous une forme que tu pourras corriger.
Voici [NOMBRE] textes que j'ai écrits pour [SUPPORT ET PUBLIC]. Analyse ma façon d'écrire, sans t'intéresser aux sujets abordés. Rédige une fiche de style utilisable par un rédacteur qui doit écrire à ma place. Elle doit couvrir : - la longueur et le rythme des phrases, avec un exemple tiré des textes ; - comment j'ouvre et comment je termine ; - mon rapport au lecteur (tutoiement, humour, proximité, niveau d'affirmation) ; - le vocabulaire et les expressions qui reviennent ; - ce que je n'écris jamais : tournures, mots, procédés que tu ne trouves dans aucun texte ; - ma ponctuation et ma mise en forme. Reste concret. Chaque observation doit être appuyée par une citation courte. Si tu n'observes pas un trait de manière répétée, ne l'inclus pas. Maximum 250 mots. TEXTES : [COLLE LES TEXTES, SÉPARÉS PAR ---]
Ne saute pas la ligne sur ce que tu n'écris jamais : un style se reconnaît autant à ce qu'il évite qu'à ce qu'il contient.
Relis la fiche et corrige-la. L'IA a pu prendre un hasard pour une habitude, ou passer à côté d'une habitude que toi seul connais. Elle peut aussi te décrire d'une manière flatteuse et vague (« un ton authentique ») : remplace ces formules par quelque chose qu'on puisse vérifier, comme « des phrases courtes, rarement plus de vingt mots, une seule idée par phrase ».
Écrire avec la fiche, en lui enlevant ses réflexes
Avec une fiche, tu peux rédiger. Le prompt suivant ajoute deux éléments : un texte de référence et une liste de tics à éviter. Les modèles ont des habitudes reconnaissables, et il faut les interdire expressément, car la fiche seule ne les écarte pas toujours.
Écris [TYPE DE TEXTE, LONGUEUR] sur [SUJET] pour [LECTEUR]. Points à faire passer : [TES IDÉES, MÊME EN VRAC] Respecte cette fiche de style : [TA FICHE] Texte de référence pour le rythme (ne reprends ni son sujet, ni ses expressions) : [UN DE TES TEXTES] À éviter : - les ouvertures qui annoncent le sujet ou félicitent le lecteur ; - les énumérations de trois éléments par réflexe ; - les phrases du type « ce n'est pas X, c'est Y » ; - les conclusions qui récapitulent ; - tout enthousiasme que je n'ai pas exprimé dans mes idées. N'ajoute aucun fait, aucune anecdote ni aucun chiffre que je n'ai pas fourni. Si un passage en aurait besoin, écris [À COMPLÉTER].
La dernière consigne est importante. Dès qu'on demande un style personnel, le modèle a tendance à inventer une anecdote de ton enfance ou « un client hier ». Une fausse histoire écrite à la première personne, c'est le pire texte possible à laisser passer. Relis en vérifiant chaque fait.
Tes idées en vrac sont aussi une force : elles apportent ton point de vue. Sans elles, tu obtiens ton ton appliqué à des généralités. Plus tu apportes de matière, moins le résultat sonne générique.
Le test de la comparaison
Comment savoir si ça marche ? Relis le texte à voix haute. Là où tu butes, ce n'est pas ta voix. Tu peux aussi faire comparer tes textes à la sortie obtenue, plutôt que de demander à l'IA si elle a bien fait.
Compare le TEXTE A (écrit par moi) et le TEXTE B (généré). Liste les 5 différences les plus visibles de style : rythme, vocabulaire, ouverture, transitions, degré d'affirmation. Pour chacune, cite un passage de chaque texte, puis propose une règle en une ligne à ajouter à ma fiche de style. N'évalue pas le contenu. TEXTE A : [TON TEXTE] TEXTE B : [TEXTE GÉNÉRÉ]
Ajoute les règles qui te semblent justes. Après deux ou trois passes, ta fiche devient vraiment personnelle. Chaque correction faite à la main peut aussi rejoindre la fiche sous forme d'exemple, selon la logique du few-shot prompting.
Garde des attentes réalistes : tu n'obtiendras pas une copie parfaite. Le résultat ressemble à un premier jet qu'un bon assistant aurait rédigé pour toi. Il reste à passer dessus pour y remettre ce que toi seul peux savoir.
Garder ta fiche à portée de main
Une fiche ne sert que si tu n'as pas à la retrouver au fond d'un dossier. Colle-la dans les instructions personnalisées ou un projet dédié à ce type de texte, et note-la avec ses exemples dans ta bibliothèque de prompts. Si tu écris pour plusieurs supports, garde une fiche par support.
Une précision : cette méthode sert à reproduire ta propre voix. Si tu rédiges pour une entreprise, c'est sa charte de ton qui fait référence. Si tu écris à la manière d'un auteur vivant pour publier le résultat, tu ajoutes des questions juridiques et de loyauté : renseigne-toi avant, et ne présente jamais un texte comme écrit par quelqu'un d'autre.
Commence avec une fiche limitée à un support
Prends le type de texte que tu écris le plus. Colle trois exemples dans le prompt d'analyse, supprime toute ligne de la fiche que tu ne reconnais pas, et ajoute à la main une chose que tu n'écris jamais. Rédige ton prochain texte de ce type avec elle, en notant les trois corrections que tu fais le plus souvent. Elles entrent dans la fiche.